Il a invité à cette rencontre le pasteur Peter Soltnau, le directeur de l’Alliance évangélique de Bavière.
« C’est un projet immense, dit ce dernier, il faut impliquer la Communauté des Églises de Bavière et l’Alliance évangélique, bref travailler avec tout le spectre des Églises. Cette initiative serait d’ailleurs une bonne occasion pour développer leur collaboration. »
Il pense qu’avoir un but commun et mettre le Christ et la fraternité au centre, comme dans cette initiative, permet d’aller de l’avant, avec bienveillance.
Il souhaite aussi que JC2033 propose des idées pour aider les Églises locales, en particulier des initiatives concernant les jeunes.
Enflammer les cœurs
Qu’est-ce qui touche Thomas Römer dans cette initiative ? D’abord parce que le message de La Croix et de la résurrection est central. Lorsqu’il est annoncé il se passe quelque chose. « Célébrer le Ressuscité c’est lui demander d’agir avec force au milieu de nous. Il me semble important de ne pas célébrer un concept ou une idée, la résurrection, mais Jésus ressuscité qui a rencontré les disciples sur le chemin d’Emmaüs et a enflammé leurs cœurs. C’est ce que je désire pour tout le peuple de Dieu : que le feu de l’amour pour Jésus et les uns pour les autres brûle de manière toute nouvelle. »
Römer insiste sur la nécessité de la réconciliation. Si on veut le célébrer ensemble, il est indispensable que les chrétiens se réconcilient. Une célébration en 2033 ne sera possible que s’il y a réconciliation entre les Églises et les différents courants d’Églises. De plus, la réconciliation n’est pas seulement un thème ecclésial mais aussi de société, où il y a tant de polarisations.
Avec Peter Soltnau et Thomas Römer
A travers le réseau « Ensemble pour l’Europe », T. Römer a une grande expérience des diverses Églises et communautés. D’après lui, il faut nommer la beauté des autres Églises, leurs dire qu’elles sont un cadeau, les aimer comme la sienne. Il faut aussi accepter les différences et approfondir les choses qui nous dérangent. Il appelle à encourager les responsables, car un amour pour Jésus passe aussi par l’amour pour eux.
Son souci est que tous soient impliqués dans une telle initiative. L’atmosphère est actuellement bonne entre les diverses Églises de Munich. « Nous vivons un temps spécial, où les responsables sont fraternels. L’Esprit saint conteste le goût du pouvoir et met en évidence l’amour ».
Notre projet d’inviter les chrétiens à marcher sur le chemin d’Emmaüs lui plaît beaucoup. Il propose que nous réfléchissions à un chemin d’Emmaüs qui pourrait se vivre partout, analogue au « Chemin de croix » (via crucis) que l’on trouve dans les églises catholiques.
« Dieu le peut »
Dans Église de Saint Willibrod que l’Église orthodoxe roumaine partage avec Église vieille-catholique, je rencontre le P. Alexandru Dan Nan, doyen des communautés roumaines en Bavière. Celles-ci sont en constante croissance : trente mille orthodoxes roumains vivent à Munich, 200'000 en Bavière et un million en Allemagne.
Après avoir fondé les communautés de Coire et de Saint Gall, il vit à Munich depuis sept ans.
Dans notre monde sécularisé, pense-t-il, il est essentiel que les chrétiens se mettent ensemble. « Malgré toutes nos différences nous devons collaborer. Personnellement j’ai été très enrichi par l’expérience œcuménique vécue en Suisse ».
Pour lui, la résurrection est le message le plus important : sans l’annonce du Christ ressuscité, il n’y aurait pas d’Église.
En 2017, une enquête en Allemagne a révélé que les gens croient davantage aux anges qu’en Dieu et en Jésus. Même si en définitive la foi au Ressuscité est une grâce, les Églises doivent se demander si elles ne sont pas en partie responsables de cette désertion de la foi, à cause de leur manque de conviction en la résurrection du Christ.
Avec le P. Alexandru Dan Nan
Le P. Alexandru invite ses paroissiens à prier pour des personnes incroyantes pendant une année. Il a édité une brochure « Dieu le peut ». « On sous-estime l’importance de la prière pour les incroyants. Pourtant c’est grâce à la prière de sa mère que Saint Augustin s’est converti », me confie-t-il.
Cette belle rencontre se termine par un temps de prière dans l’Église devant les icônes. Le lendemain une célébration œcuménique aura lieu entre les Églises orthodoxe, anglicane et vieille catholique, à l’occasion de la fête de Saint Willibrod.
Guérison des blessures
Florian Schuppe, le responsable de l’œcuménisme du diocèse de Munich m’accueille dans l’immense « Ordinariat », le centre du diocèse récemment rénové. Il me conduit d’abord dans la chapelle au style futuriste dont les lignes me rappellent l’Église de Ronchamp construite par le Corbusier.
Florian Schuppe
« L’occident a pensé le salut à partir de l’incarnation du Christ. La croix en est le sommet. Mais l’orthodoxie a pensé la montée de l’homme vers Dieu et la résurrection du Christ en est le signe », dit-il pour expliquer le caractère central de la résurrection pour celle-ci.
Pour lui, il y a une grande force à mettre la résurrection du Christ au centre. Une grande chance aussi pour nous relier les uns aux autres. Il est convaincu que l’œcuménisme a besoin de ces années jubilaires. Le diocèse de Munich a d’ailleurs été partie prenante pour les 500 ans de la Réformation qui a été un chemin de réconciliation. La plus forte expérience a été un pèlerinage des responsables de Églises en Terre sainte.
Il accueille avec une grande attention notre invitation à une « décennie de la résurrection » durant laquelle les sept premières années sont un appel à la guérison des blessures et à la réconciliation.
Pour lui, une des questions importantes est la manière de comprendre la mission et l’évangélisation. Des expériences difficiles ont été vécues entre l’Église catholique et des mouvements évangéliques en Bavière.
« Le chemin spirituel que vous proposez est réaliste et me plaît. Tant d’histoires de blessures ne sont pas racontées. La grande force du christianisme est de les reconnaître. C’est même le devoir des chrétiens. Les gens regardent avant tout comment nous nous relions les uns aux autres. C’est une grande force missionnaire. », dit-il.
Une direction commune pour tous !
Plus tard, je rencontre sa collaboratrice Esther Klein, responsable des relations avec les mouvements spirituels dans le diocèse. « Il est beau que vous visitiez les responsables et les invitiez à se poser la question déjà maintenant. Que cette marche vers 2033 devienne la leur ! Pas quelque chose en plus, mais une direction commune pour tous » ! me dit-elle.
Avec Esther Klein
A midi, dans le quartier du Dôme, dans la brasserie Augustiner, un des restaurants les plus populaires de Munich, je rencontre le diacre Ralph Prausmüller, responsable des pèlerinages du diocèse de Munich. Nous nous entretenons sur la possibilité de faire connaître la Marche œcuménique sur le chemin d’Emmaüs que nous allons vivre au mois de janvier 2020, avec l’intention de la proposer chaque année jusqu’en 2033.
Martin Hoegger